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L'après-1986 est rude.
Jacques Chirac singe Thatcher et Reagan pour le plus grand malheur des français qui le lui feront bien payer par la suite.
Pourtant...
Malgré la nouvelle victoire de François Mitterrand en 1988, la gauche a mal à Jean Jaurès. Economie plus que ralentie, affaires judiciaires pas rigolotes, la vie quotidienne que l'on relate aux infos est largement aussi triste qu'une équipe de France qui se ridiculise malgré ses éléments brillants.
Pour couronner le tout, la camarde assène le coup de grâce en dehors de tout esprit de sportivité au plus rigolo des limousins sous le prétexte qu'il se serait un peu trop moquée d'elle... l'idiote...
Le point d'orgue du malheur en bleu est atteint en 1993. Le football hexagonal est atteint par les affaires, et dans une ambiance délétère, l'équipe de France sort piteusement vaincue de la course à la qualification pour la coupe du monde des Z'tats-Unis. Pour certains, Kostadinov m'a tuer (pour d'autres c'est Ginola, mais bon...).
En 1996, François Mitterrand passe l'arme à gauche (décidément très accueillante en la matière). Pour autant, le Parti Socialiste ne meurt pas et en cette année travaille et précise son programme pour les élections alors prévues en 1998. La bande à Aimé Jacquet fait de même. Si elle ne remporte pas le Championnat d'Europe des Nations 96, elle pose toutefois les jalons pour les prochaines échéances en ses terres. Alors que la sinistrose avait la vigueur d'un typhon, par le travail et le courage, tout ou presque est là pour redonner un peu de couleurs au pays.
Alors que la direction du Parti Socialiste se met en place, le retour a une lecture plus variée de l'actualité après l'incroyable focalisation médiatique sur le poing et la rose laisse réellement dubitatif. De psychodrames en contradictions, de boulettes en âneries pitoyables, la majorité politique nationale actuelle continue de se rouler dans le ridicule et dans l'absurde.
Oh, certes, il faut savoir se regarder la tonsure avant d'épouiller celle des voisins. Alors commencons par là, ce sera rapide : le PS est réellement rassemblé. Pourtant, on pourrait me rétorquer qu'il existe des oppositions coriaces à la direction fraîchement élue. Ce à quoi il est tellement évident de répondre tends l'oreille mon ami, et dis-moi si l'aigreur n'a pas un accent plus prononcé encore que celui de Schivardi ?
De l'autre côté, les cadors de l'ouverture ne cessent de se renier. Encore que bien peu d
e personnes ne pouvaient s'étonner du départ de Jean-Marie Bockel, Bernard Kouchner s'asseoit sur ses principes passés comme un vieux schnock sur ses passions adolescentes. La Realpolitik est devenue son seul référentiel d'action et de discours : une obsession inquiétante. Les propos à l'adresse de Rama Yade étaient bien évidemment tactiques et visaient essentiellement à la décrédibiliser suite à ce qui apparaît comme un camouflet pour sa majesté en plaqué or.
Il revenait visiblement au ministre de tutelle de s'exprimer sur cette "affaire" mais on ne peut que constater que les rangs des porte-flingue du président sont fort bien pourvus en pseudo "hommes de gauche".
Je me souviens pourtant bien des sourires en coin de ceux-là qui se présentaient comme les poils à gratter du gouvernement, ceux qui seraient là pour que la voix de la gauche ne soit pas oubliée, ceux qui tenteraient d'infléchir la politique depuis l'intérieur, même que les sceptiques allaient bien voir c'qu'y z'allaient voir, nom d'un p'tit bonhomme... Mais le symbole même de l'ouverture est devenu bien pire qu'un faire-valoir.
Au-delà du rôle qu'on lui prête (siphonner le réservoir électoral de la gauche), Kouchner est passé au rang de serviteur des colères et caprices présidentiels, quitte à franchir la ligne jaune un jour de date anniversaire.
NB - la grossière erreur volontaire concernant le nombre de députés MODEM garnissant les bancs de l'Assemblée de la précédente note était bien à entendre comme un quolibet à inscrire dans le seul cadre du processus du congrès du PS. Le crabe présente ses excuses à toute autre personne qui se serait sentie blessée par cette boutade qui ne lui était pas destinée et lui adresse ses chaleureuses pensées.
On ne peut pas reprocher le manque de clarté de la décision des militants.
Ils se sont exprimés les 6, 20 et 21 novembre. Leurs votes n'ont pas permis de dégager de message clair si ce n'est qu'ils se sont tourné à 71% vers ceux qui souhaitaient que le PS ne soit pas un parti de supporter ni un partenaire amené à s'allier avec le MODEM (ce parti si incontournable qu'il n'a pas de député).
Ségolène Royal et ses amis ont depuis décidé de ruer dans les brancards qui soutenaient des militants meurtris mais survivants. Plutôt que de choisir l'apaisement, ils ont préféré montrer qu'ils avaient fait semblant de souhaiter un congrès serein et que celui-ci n'aurait obtenu le label "utile" qu'à la seule condition qu'ils en soient sorti vainqueurs absolus.
Ségolène Royal a perdu. Pense-t-elle pour autant avoir tellement perdu qu'elle puisse même y laisser sa dignité ? C'est pour le moment le chemin que ses lieutenants empruntent. En feignant la révolte et l'indignation, ils instrumentalisent la colère de militants déçus et, après s'être attribué le terme de "rupture", se dirigent vers une voie de manipulation de l'opinion et des émotions, celle qu'ils villipendaient quand elle desservait les socialistes et les habitants de notre pays en 2007. Ionesco aurait quasiment pu en faire le sujet d'une pièce...
Notre responsabilité sera grande jeudi (et peut-être même vendredi). Cette fois ce sont des noms que nous glisserons dans l'urne.
Au plan local, je ferai totale confiance à Marc Coatanéa pour prendre la succession de notre premier secrétaire fédéral Jean-Jacques Urvoas.
Au plan national, nous choisirons qui sera notre visage et qui sera notre voix pour les années à venir au sein de la gauche française. La personne qui y sera désignée sera chargée de rassembler la gauche. Elle aura un rôle considérable pour sortir le parti d'une paresse intellectuelle chronique. C'est selon ces critères que je me déterminerai jeudi (et peut-être même vendredi).
Jeudi, j'espère que Martine Aubry sera en tête de nos suffrages. Son parcours et son action illustrent ce qui m'a fait aimer ce parti et son histoire et ce qui m'y fit adhérer en 2006. Mais loin de se reposer sur ses lauriers, elle a déjà entamé le chantier de la mise au travail. Celui-ci était nécessaire car depuis fort longtemps nous n'avons pas suffisamment réfléchi et parce que la réflexion sur notre parti ne peut se réduire à la lecture arithmétique de résultats de premier tour d'une élection présidentielle.
Martine s'adresse aux attentes sociales des français en leur proposant un projet de société plutôt qu'en agitant des gadgets, elle ne cède pas à la démogagie sécuritaire, elle est ambitieuse pour l'Europe et elle travaillera vraiment avec tout le monde dans et en dehors du parti.
Je cocherai la case en face de son nom ce jeudi (et peut-être même vendredi).